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Définition
Par interrogation profonde nous entendons une interrogation partielle dont le pronom interrogatif représente un élément d'une subordonnée. Dit autrement, la cible d'une interrogation profonde est extraite d'une subordonnée. La principale est une proposition interrogative normale. C'est l'extraction de la cible qui est particulière : elle traverse la frontière de la principale et de la subordonnée.
L'interrogation profonde que crois-tu qu'il fera ? est dérivée de la proposition sous-jacente {tu crois qu'il fera X}. La cible d'interrogation X est extraite de la subordonnée énonciative il fera X et elle est placée en tête de la superordonnée interrogative.
Le sujet de la subordonnée peut être inversé pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'interrogation dans la superordonnée. Dans
que veux-tu que fasse Pierre ?, l'inversion de la subordonnée est une inversion subordinative générique. Voir la page connexe
L'inversion subordinative générique.
Le verbe de la superordonnée est un verbe de pensée ou de parole (un verbe cognitif) et la subordonnée est le plus souvent une subordonnée objet direct. Cette structure n'est cependant pas la seule possible. L'interrogation peut aussi porter sur une subordonnée sujet : que faut-il que je fasse ?.
On évitera de confondre l'interrogation profonde avec la subordonnée interrogative. La principale de la subordonnée interrogative est énonciative ; ce n'est que le verbe de la subordonnée interrogative qui est interrogatif. La distinction entre l'interrogation profonde et la subordonnée interrogative est d'autant plus importante que le verbe cognitif qui rend possible l'interrogation profonde peut lui aussi être un verbe interrogatif (où te demandes-tu s'il veut se rendre ?).
Cette page est consacrée à l'interrogation profonde portant sur une subordonnée énonciative. C'est tellement évident qu'on n'y pense pas. Pourtant, l'interrogation profonde peut aussi porter sur une subordonnée interrogative. Pour l'examen de l'interrogation profonde portant sur une subordonnée interrogative, se reporter à la page connexe
L'interrogation profonde portant sur une subordonnée interrogative.
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La subordonnée complémentale objet direct
La subordonnée de l'interrogation profonde peut être complémentale objet direct fléchie ou infinitive.
à combien pensez-vous que s'élèveront les frais ?
à quel sujet Pierre conseille-t-il à Paul de consulter un astrologue ?
à qui dis-tu que tu as donné l'argent ?
combien croyez-vous que vous mettrez de temps pour y aller ?
combien d'argent dis-tu qu'il a demandé ?
combien de temps supposez-vous que durera son absence ?
comment l'inspecteur pense-t-il que le voleur s'est introduit dans la maison ?
de qui désires-tu avoir l'adresse ?
de qui dis-tu que tu es le fils ?
jusqu'où est-tu prêt à descendre ?
où crois-tu que je suis né ?
où dis-tu que Pierre est allé ?
où la concierge craint-elle que le voleur se cache encore ?
où penses-tu qu'on pourrait bien manger dans le coin ?
où prétend-il qu'il a étudié le droit ?
où voulez-vous donc que soit votre mari ? (Mazeline)
qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer ?
quand penses-tu que Pierre épousera Marie ?
quand voulez-vous que je vous livre cette commande ?
que croyez-vous qu'il a répondu ?
que diable voulez-vous que j'aie contre lui ?
que voulez-vous que redoutent les gens comme nous ? (Benoît)
quelle direction faut-il que choisisse la colonne blindée ? (Saint-Exupéry)
qui dis-tu que c'est ?
qui veux-tu que j'aille voir ?
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La subordonnée complémentale sujet
La cible d'interrogation peut être un complément quelconque d'une subordonnée sujet postposée, mais pas d'une subordonnée sujet en position normale.
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Sujet postposé, interrogation profonde grammaticale
à quel endroit serait-il avantageux pour nous que Pierre aille ?
quelle médaille déplairait-il à Marie de perdre ?
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Sujet en position normale, interrogation profonde agrammaticale
*à quel endroit que Pierre aille serait-il avantageux pour nous ?
*quelle médaille de perdre déplairait-il à Marie ?
Interrogation in situ
L'interrogation in situ appartient à la langue familière et à la langue populaire. La méthode in situ est la plus souple des méthodes. Elle permet les interrogations profondes les plus complexes, car elle n'exige aucune extraction.
tu es tombé sur un camarade d'école que tu n'avais pas vu depuis combien d'années ?
Les locutions figées
pour quoi faire ?
en faisant quoi ?
en quoi faisant ?
sont des applications de la méthode d'interrogation in situ.
L'interrogation profonde in situ d'une proposition complexe est moins rébarbative si la cible d'interrogation est mise en relief. Comparer
vous en êtes aux préparatifs pour aller où ? et
c'est pour aller où que vous en êtes aux préparatifs ?
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L'extraction profonde du sujet
La cible sujet présente une particularité. Soit la proposition sous-jacente {tu penses que livre X plaira à Pierre}. En extrayant le sujet X bêtement, nous obtenons la forme logique, mais agrammaticale {*quel livre penses-tu que plaira à Pierre ?}. L'extraction profonde du sujet laisse la subordonnée objet direct coincée dans un état sans sujet de surface, ce que la langue a en horreur. Pour doter la subordonnée d'un sujet de surface, il faut remplacer que par qui devant le verbe. La version grammaticale est donc quel livre penses-tu qui plaira à Pierre ?. Le prix du sujet de surface est la perte du nominalisateur. La langue préfère une construction illogique à une construction sans sujet tangible.
Autres exemples
{tu veux que le fasse X}
qui veux-tu qui le fasse ?
Selon Le Goffic(1993), cette construction est considérée comme normale par certains locuteurs et mal acceptée (considérée comme artificielle ou obsolète) par d'autres, plus nombreux, qui ne l'emploient jamais.
Il y a une astuce qui permet de contourner l'extraction profonde du sujet :
{*qui as-tu dit qu'aimait le lièvre ?}
à propos de qui as-tu dit qu'il aimait le lièvre ?
Là encore il y a analogie avec la relativation profonde :
{*la personne qui tu as dit qu'aimait le lièvre}
la personne dont tu as dit qu'il aimait le lièvre
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Ambigüité
Dans quand Pierre a-t-il dit que Paul partirait ?, quand peut être interprété soit comme se rapportant au moment de la parole de Pierre (interrogation ordinaire), soit comme se rapportant au moment du départ de Paul (interrogation profonde). L'inversion subordinative générique dans la subordonnée élimine la première interprétation. La proposition quand Pierre a-t-il dit que partirait Paul ? ne peut être interprétée que comme une interrogation profonde. Quand se rapporte au moment du départ de Paul.
à qui as-tu dit qu'il devait parler ?
où prétend-il qu'il a étudié le droit ?
pourquoi veux-tu que j'accepte ?
quand Pierre a-t-il dit que partirait Paul ?
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Interrogation profonde - vue d'ensemble des pronoms
Cible = personne
Dans l'interrogation profonde humaine, tous les cas sont représentés par qui. L'extraction du sujet constitue un cas particulier.
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Sujet
qui crois-tu qui a frappé ?
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Objet direct
qui crois-tu qu'on désignera ?
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Sujet existentiel
qui crois-tu qu'il faut en plus ?
que crois-tu qu'il va se passer ?
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Complément prédicatif
qui crois-tu qu'il est ?
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Constituant de complément prépositionnel
chez qui crois-tu qu'il loge ?
de qui crois-tu qu'il a demandé l'avis ?
de qui crois-tu qu'il est digne ?
Cible = chose
Dans l'interrogation profonde non humaine, les pronoms varient en fonction du cas : quoi dans les compléments prépositionnels et que dans tous les autres cas. L'extraction du sujet constitue un cas particulier.
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Sujet
?que crois-tu qui a causé cette explosion ?
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Objet direct
que crois-tu qu'il choisira ?
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Sujet existentiel
que crois-tu qu'il faut en plus ?
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Complément prédicatif
que crois-tu qu'il deviendra ?
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Complément métrologique
que crois-tu que ça pèse ?
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Constituant de complément prépositionnel
sur quoi crois-tu qu'il compte ?
de quoi crois-tu qu'il se méfie ?