La mise en relief par introducteurs
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La mise en relief par introducteurs (448)

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La mise en relief par introducteurs (448)

SOMMAIRE

Le mécanisme de base

Une analyse transformationnelle partielle

Le sujet et l'objet direct

La mise en relief par introducteurs (c'est...que...) a une analyse transformationnelle partielle : cette analyse ne s'applique que lorsque l'élément à rhématiser est le sujet ou l'objet direct. Dans les cas de la mise en relief du sujet ou de l'objet direct, la méthode des introducteurs est dérivable de la méthode de l'inversion au moyen d'une simple formule.

Les autres compléments

Comme on verra tout à l'heure, l'analyse transformationnelle échoue dans presque tous les autres cas. Dans tous les autres cas, les introducteurs (c'est pour le rhème, que pour le thème) doivent être acceptés tels quels, sans discussion. La méthode est irréductible, inanalysable.

Mise en relief du sujet

Forme de départ

Pierre veut épouser Juliette

Mise en relief par inversion

celui qui veut épouser Juliette est Pierre

Mise en relief par introducteurs

c'est Pierre (celui) qui veut épouser Juliette


Mise en relief de l'objet direct

Forme de départ

Pierre veut épouser Juliette

Mise en relief par inversion

celle que Pierre veut épouser est Juliette

Mise en relief par introducteurs

c'est Juliette (celle) que Pierre veut épouser


Mise en relief du complément prédicatif

Forme de départ

je l'imagine svelte et blonde

Mise en relief par inversion

*ce que je l'imagine est svelte et blonde

Mise en relief par introducteurs

c'est svelte et blonde que je l'imagine

On pourrait obtenir la mise en relief par introducteurs à partir de la mise en relief par inversion, mais la mise en relief par inversion est agrammaticale. Donc la méthode des introducteurs est irréductible.

Autres exemples

ce n'est pas satisfait qu'il est mais enthousiaste
elle est bonne et intelligente ; c'est jolie qu'elle est le moins

Mise en relief du complément prépositionnel

Forme de départ

Pierre veut visiter Barcelone avec Juliette

Mise en relief par inversion

celle avec qui Pierre veut visiter Barcelone est Juliette

Mise en relief par introducteurs - 1

c'est Juliette avec qui Pierre veut visiter Barcelone

Mise en relief par introducteurs - 2

c'est avec Juliette que Pierre veut visiter Barcelone

La première version est dérivable par relativation. Elle est acceptable, mais elle n'est pas la version préférée dans la langue moderne. C'est la deuxième version qui est normale, mais celle-ci n'est pas dérivable par relativation, donc elle est inanalysable.

Mise en relief de l'adverbe

Forme de départ

Pierre veut partir demain

Mise en relief par inversion

le jour où Pierre veut partir est demain

Mise en relief par introducteurs

c'est demain que Pierre veut partir

La mise en relief par introducteurs est inanalysable.

Mise en relief du possesseur

l'amour de Pierre pour Marie est sans limite

Mise en relief par inversion

celui dont l'amour pour Marie est sans limite est Pierre

Mise en relief par introducteurs

c'est de Pierre que l'amour pour Marie est sans limite
c'est Pierre dont l'amour pour Marie est sans limite

La première version est grammaticale mais inanalysable ; la seconde est grammaticale et analysable.

Le mécanisme de base - en conclusion

Le mécanisme c'est...que / c'est...qui de mise en relief est irréductible. Il a une analyse partielle qui ne s'applique qu'à la mise en relief du sujet et de l'objet direct.

Dans tous les autres cas, c'est et que sont des introducteurs regrammaticalisés, arbitraires, inanalysables. C'est introduit le rhème, que introduit le thème.

Le mécanisme c'est...que / c'est...qui a des racines dans la mise en relief par inversion.

La mise en relief par introducteurs est pratiquement universelle. Elle s'applique aux rhèmes les plus variés, même au verbe. On verra qu'elle comporte quelques limitations mineures.

Les types de rhème

Sujet

On vient de voir que la rhématisation du sujet par introducteurs peut être dérivée de la rhématisation du sujet par inversion au moyen d'une simple formule. L'introducteur du thème est qui. C'est le seul type de rhème qui est suivi de qui.

Le sujet rhématisé peut être un infinitif.

c'est surfer sur le Net qui est son passe-temps favori

Objet direct

On vient de voir que la rhématisation de l'objet direct par introducteurs peut être dérivée de la rhématisation de l'objet direct par inversion au moyen d'une simple formule. L'introducteur du thème est que. C'est le seul cas où l'introducteur de thème que est dérivable. Dans tous les autres cas il est arbitraire.

L'objet direct peut être une subordonnée infinitive : c'est surfer sur le Net qu'il considère comme le seul passe-temps possible. Nous aborderons le problème des subordonnées fléchies plus loin.

Complément prépositionnel du verbe

La règle moderne de la mise en relief par introducteurs exige que le syntagme prépositionnel entier soit extrait : c'est avec Juliette que Pierre visitera Barcelone. La solution c'est Juliette avec qui Pierre visitera Barcelone est vieillie. Le syntagme prépositionnel peut être un complément régi ou un complément libre du verbe.

c'est à vous que ce discours s'adresse
c'est de son premier film que je me souviens le mieux
c'est pour ce candidat que nous voterons

Complément prédicatif - verbes autres que être

c'est ministre des transports qu'il est nommé
c'est de cochon qu'il se fait traiter
ce n'est pas mûres, c'est blettes qu'il te les faut (Zola)

Complément prédicatif - le thème averbal

Si le sujet n'est pas un pronom personnel conjoint, la mise en relief du complément prédicatif a deux solutions :

L'inversion du sujet dans la subordonnée thème sans omission du verbe être

Pierre est un brave type     
c'est un brave type qu'est Pierre

L'inversion du sujet dans la subordonnée thème suivie de l'omission du verbe être

Pierre est un brave type     
c'est un brave type que Pierre

La mise en relief sans inversion du sujet est agrammaticale : *c'est un brave type que Pierre est. Cette règle n'a rien d'arbitraire. La même inversion s'impose dans la relative à pivot prédicatif :

*j'admire le brave type que Pierre est     
j'admire le brave type qu'est Pierre


Autres exemples de la transformation

la rose est une belle fleur     
c'est une belle fleur qu'est la rose ou
c'est une belle fleur que la rose

la vie est magnifique     
c'est magnifique qu'est la vie ou
c'est magnifique que la vie

haïr est horrible     
c'est horrible qu'est haïr ou
c'est horrible que de haïr

ce fleuve est un torrent     
c'est un torrent qu'est ce fleuve ou
c'est un torrent que ce fleuve

la programmation par objets est un jeu d'enfant     
c'est un jeu d'enfant qu'est la programmation par objets ou
c'est un jeu d'enfant que la programmation par objets

l'acte sexuel virtuel est une idée saugrenue     
c'est une idée saugrenue qu'est l'acte sexuel virtuel ou
c'est une idée saugrenue que l'acte sexuel virtuel

l'anneau conjugal est un serpent doré     
c'est un serpent doré qu'est l'anneau conjugal ou
c'est un serpent doré que l'anneau conjugal (Musset)

Autres exemples

c'est étonnant que de voir ces gens
c'est un grand bonhomme que le père Clemenceau
c'est un grave défaut que l'orgueil
c'est un serpent doré que l'anneau conjugal (Musset)
c'est un vieux mendiant qui n'inspirait plus aucun respect qu'était devenu cet homme (Proust)
c'est une chose étrange que cet aveuglement
c'est une douce chose que d'aimer
c'est une drôle de chose que cette affaire
c'est une étrange croyance que la métempsychose
c'est une grande qualité que l'humilité
c'est une pensée d'une effroyable tristesse que le peu de traces que laissent après eux les hommes (Renan)
ce serait une grave erreur que de lui faire confiance

admirable époque que celle où l'on décore les photographes et où l'on exile les poètes (Flaubert)
broutille que tout cela
étrange expérience pour un écrivain que de relire un de ses premiers livres (Maurois)
quel bel apanage pour une nation qu'une justice honorable (Chardonne)
quelle malédiction que d'être le fils d'un cabaretier (Flaubert)
quelle triste route, la nuit, que cette route de Flandre (Nerval)
singulière idée que d'écrire pour ceux qui dédaignent l'écriture (Bernanos)
une chance que cette pluie

Si le sujet-thème est un infinitif et le verbe être est omis, l'introducteur d'infinitif de est de rigueur :

*c'est horrible que haïr
*c'est une douce chose qu'aimer
*ce serait une grave erreur que lui faire confiance

Si le sujet est un pronom personnel conjoint, la mise en relief du complément prédicatif se pratique sans retouche :

c'est malade qu'il est
c'est prétentieuse qu'elle est
c'est une brillante syntacticienne qu'elle est
c'est verdâtre qu'elle était, pas limpide

On rencontre parfois l'anglicisme agrammatical du type *ce qu'elle est est prétentieuse.

Exclamation averbale

L'omission de c'est donne une exclamation averbale :

monstrueuse machine que l'homme (Musset)
étrange croyance que la métempsychose
grave défaut que l'orgueil
jour de colère que ce jour-là (« dies iræ dies illa »)
règles absurdes que celles de la mise en relief des prédicats
rude épreuve que le bac
triste nouvelle que la mort de Pierre

Importance du thème averbal

C'est la mise en relief par introducteurs du complément prédicatif qui permet d'analyser l'interrogation du type qu'est-ce que l'amour et la subordonnée relative du type ce que c'est que l'amour.

Les prédicats autres que les noms indéfinis

c'est plombier qu'il est et pas électricien
?c'est rouges que sont les fleurs

La mise en relief de l'adjectif n'est pas acceptée par tous les locuteurs.

Sujet existentiel

La mise en relief d'un sujet existentiel constituerait une double rhématisation. C'est imaginable, mais peu acceptable : *c'est une dizaine d'invités de la fiancée qu'il vient d'arriver.

Autres compléments aprépositionnels du verbe


c'est cent euros que ça vaut
c'est deux semaines que ça va durer
c'est dix kilomètres qu'elle court chaque matin
c'est dix kilos que ça pèse
c'est le brûlé que ça sent
c'est mille euros que ça coûte
c'est un temps de chien qu'il a fait tout l'été
c'est une vie riche qu'il a vécue
ce n'est que syntaxe qu'elles parlaient pendant tout l'enterrement

Rhématisation des adverbes

On peut mettre en relief les expressions adverbiales de tous les types : les adverbes irréductibles, les syntagmes prépositionnels, les adverbes adjectivaux, les subordonnées libres et les gérondifs.


c'est au Musée de l'Orangerie que l'on peut admirer les Nymphéas de Monet
c'est demain qu'aura lieu le concours
c'est en écrivant qu'on devient lecteur
c'est en forgeant qu'on devient forgeron
c'est là que je suis né
c'est très gentiment qu'il nous a priés de le faire

*c'est toujours qu'il vient à neuf heures
*c'est sans doute qu'il viendra demain

Tout syntagme à caractère adverbial peut être rhématisé par la méthode des introducteurs :

Quasi-prédicat

c'était prêt à lui parler que j'étais venu
c'est toujours seul qu'on invente (Gide)

Réduction nomino-prédicative

c'est les bras ouverts que je l'ai accueilli

La mise en relief des subordonnées

Subordonnées circonstancielles en général

La plupart des subordonnées circonstancielles sont rhématisables :

c'est depuis qu'il travaille dur qu'il réussit
c'est parce qu'il a travaillé dur qu'il a réussi
c'est parce qu'on l'avait invité officiellement qu'il est venu
c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes (B. Hortefeux)
c'est quand on l'invite officiellement qu'il vient
c'est quand on travaille dur qu'on réussit
c'est sans travailler dur qu'il a réussi
c'est si l'on l'invite officiellement qu'il viendra

Subordonnée causale métadiscursive


La subordonnée causale métadiscursive n'exprime pas la cause de la principale, mais la cause de l'acte de parole ou de pensée qui produit la principale. La mise en relief de la cause métadiscursive est agrammaticale.

il a plu pendant la nuit, puisque les feuilles sont mouillées     
*c'est puisque les feuilles sont mouillées qu'il a plu pendant la nuit

il est là, puisque j'ai vu sa voiture     
*c'est puisque j'ai vu sa voiture qu'il est là

Pour améliorer la mise en relief de ces exemples, il faudrait dire c'est parce que les feuilles sont mouillées que j'affirme qu'il a plu pendant la nuit et c'est parce que j'ai vu sa voiture que j'affirme qu'il est là.

Subordonnée concessive normale

Les subordonnées concessives ne se rhématisent pas aisément. La raison de cette limitation n'est pas évidente. Elle pourrait s'expliquer par le fait que la concession et la mise en relief, prises indépendamment, sont déjà toutes deux des opérations logiques complexes et que leur complexité conjuguée pourrait dépasser le seuil de tolérance. La concession mise en relief n'est pas illogique, mais elle est bizarre et rébarbative.

??c'est bien qu'il ait travaillé dur qu'il n'a pas réussi
??c'est bien qu'on l'ait invité officiellement qu'il n'est pas venu

Subordonnée concessive métadiscursive

Voir l'examen des subordonnées concessives métadiscursives aux pages connexes La concession totale - constructions fléchies. La mise en relief de la concession métadiscursive est agrammaticale.

il sera candidat, encore qu'il ne l'ait pas dit officiellement     
*c'est encore qu'il ne l'ait pas dit officiellement qu'il sera candidat

Subordonnées régies

Les subordonnées régies sujets et objets directs ne sont que des cas particuliers du sujet et de l'objet direct. En principe, elle ne devraient présenter aucun problème. Cependant, selon Muller(1996), la proposition ?c'est qu'il soit parti que je regrette est problématique, tandis que la proposition c'est qu'il soit parti qui me fait problème ne l'est pas. La raison de cette limitation n'est pas évidente.

Les compléments du nom

Le groupe nominal est vaste et complexe. Il serait impossible de scruter la rhématisabilité de tous ses coins et recoins. Nous nous proposons de signaler quelques cas importants.

Épithètes

En appliquant bêtement la méthode des introducteurs à grande dans elle a acheté la grande table, pas la petite, on obtient *c'est grande qu'elle a acheté la table, pas petite.


elle a choisi un chapeau rouge     
c'est un rouge qu'elle a choisi, de chapeau

Compléments de possession étendue

Les compléments de possession étendue (possession, proximité, similitude, origine, etc.) peuvent être mis en relief.

c'est de ces tables-là que les pieds réclament un bon coup de peinture
c'est de ces voitures qu'on a réparé les roues
c'est de dimanche dernier que le sermon était le plus émouvant

Délimiteurs

Les propositions

*c'est beaucoup qu'il a lu de romans policiers et
*c'est dix-sept qu'il a lu de romans policiers

sont agrammaticales.

Leurs versions correctes s'appuient sur le détachement :

c'est beaucoup qu'il en a lus, de romans policiers et
c'est dix-sept qu'il en a lus, de romans policiers.

Cibles de délimiteur

La force de cohésion qu'exercent les délimiteurs peut empêcher leurs cibles d'être mises en relief. Cette force varie.

Mise en relief grammaticale

c'est de ces voitures qu'on a réparé la moitié
c'est de ces tables-là qu'une dizaine est déjà servie

Mise en relief moins agrammaticale

?c'est de ces tables-là que trois sont déjà servies
?c'est de ces tables-là que beaucoup sont déjà servies

Les compléments de l'adjectif

Si l'adjectif sert de prédicat, son complément régi et son adverbe de manière ou de degré peuvent être mis en relief. Si l'adjectif sert d'épithète, la mise en relief de ses compléments n'est pas possible.

Prédicat

Paul est amoureux de Marie     
c'est de Marie que Paul est amoureux

Paul est follement épris de Marie     
c'est follement que Paul est épris de Marie

Épithète

Paul est mon cousin amoureux de Marie     
*c'est de Marie que Paul est mon cousin amoureux

La mise en relief du verbe lui-même


c'est hurler qu'il fait toute la nuit, pas pleurer
c'est naviguer sur Internet qu'il fait sans cesse
ce qu'il fait en ce moment, c'est écrire une lettre à ses parents

Seules les formes de l'indicatif peuvent être mises en relief.

Règles diverses de la mise en relief

L'accord en nombre


La langue soignée a une préférence pour l'accord, la langue familière a une préférence pour l'invariabilité.

Si le thème comprend des individus (des objets ou des personnes) identifiables, l'accord est préférable. Si le thème est une masse anonyme, le singulier est acceptable.

ce sont vos amis qui m'ont annoncé votre retour
ce sont les roses de Marie, pas celles de Juliette, qui sont les plus belles

ce n'est pas les moyens qui manquent
c'est les roses que je préfère, pas les tulipes
c'est l'argent et le luxe qui font vivre cette société

La concordance des temps

Le présent est figé dans l'introducteur c'est. La concordance des temps est à éviter.

c'est en 1769 que naquit Napoléon

Toutefois, cette règle n'est pas toujours respectée dans la langue parlée :

c'était lui qui prétendait
ce sera demain que tu recevras ton cadeau
ce sera lui qui le dira
ce serait lui qui le ferait

L'introducteur de rhème dans les subordonnées

Subjonctif

Si la mise en relief est enchâssée dans une subordonnée qui exige le subjonctif, c'est le verbe être de l'introducteur de rhème qui s'acquitte de cette fonction :

bien que ce soit lui qui l'ait dit
que ce soit vous qui l'ayez dit, je ne m'y attendais pas
ne croyez pas que ce soit lui qui me fasse parler ainsi
à moins que ce ne soit elle-même qui le demande
je veux que ce soit demain que tu déballes ce cadeau
il aurait été préférable que ce soit toi et non moi qui aies couru après lui (Vildrac)
il ne faut pas que ce soit pour moi que vous soyez venu (Musset)

L'imparfait de l'hypothèse irréelle

Le verbe être de l'introducteur de rhème a de la difficulté à assumer la responsabilité de l'imparfait de l'hypothèse irréelle :

si c'est vous qui aviez dit cela est préférable à si ç'avait été vous qui aviez dit cela

Mais on trouve aussi si c'était vous qui aviez dit cela et quand même ce ne serait pas lui qui l'aurait dit

La mise en relief profonde

c'est le 31 décembre que Paul a affirmé que Pierre était mort
c'est sur ce chantier qu'il a prétendu que Pierre avait trouvé du travail
c'est à Marie que tu as dit que Pierre téléphonerait

Nous disons que la mise en relief est profonde lorsque le rhème introduit par c'est est extrait de la subordonnée régie d'un verbe cognitif. Dans le premier exemple, le 31 décembre est probablement le jour de la mort de Pierre, et non pas de l'affirmation de ce fait par Paul. Le verbe cognitif dans cet exemple est affirmer. Les propositions qui comportent une mise en relief profonde sont, en principe, ambigües : le 31 décembre pourrait très bien être le jour de l'affirmation de la mort, plutôt que de la mort elle-même.

La mise en relief profonde est possible avec une subordonnée infinitive, et souvent même plus correcte qu'avec la subordonnée fléchie équivalente : c'est pour Pierre que je pense que je vais voter      c'est pour Pierre que je pense voter.

La mise en relief profonde est un cas particulier de l'extraction profonde, transformation qui est aussi en jeu dans la relativation profonde, dans l'interrogation profonde et dans le détachement profond. L'extraction profonde du sujet entraîne des complications, sauf dans le cas du détachement profond. Comparer les trois propositions :

c'est Pierre que je pense qui viendra (mise en relief)
qui penses-tu qui viendra ? (interrogation)
la personne que tu penses qui viendra (relativation)

L'extraction profonde du sujet est rare dans la langue parlée.

La mise en relief du syntagme prépositionnel

« On continue à trouver, moins rarement que ne le disent les grammairiens, les tours anciens [...] consistant à attacher la préposition au relatif (à qui) ou à utiliser les formes du relatif qui la contiennent (dont, ), - ou bien à exprimer deux fois la préposition. » (Grevisse)

Nous allons comparer les trois formes de la mise en relief par introducteurs, à savoir la forme moderne, la forme ancienne simple et la forme ancienne pléonastique.

La forme moderne

La préposition s'attache au rhème.

c'est à elle que j'ai écrit
c'est de cela que j'ai besoin
c'est sur lui que je compte

La forme ancienne simple

La préposition (ou un pronom prépositionnel) est laissée dans le thème :

c'est elle à qui j'ai écrit
c'est elle dont il s'agit
c'est l'amélioration de la race à laquelle il faut travailler (Gide)
c'est Londres où je veux aller
ce n'est pas cela dont j'ai besoin

Cette construction est inévitable lorsqu'un seul rhème est associé à deux thèmes et que le rhème occupe deux positions différentes par rapport aux deux verbes :

c'est Pierre qui doit me téléphoner et avec qui je veux parler
c'est de cela qu'il est question entre vous et dont vous parlez à voix basse (Mauriac)

La forme ancienne simple s'emploie également dans la langue moderne lorsque l'élément rhématisé est un possesseur :

c'était sa passion et son vice dont chacun exaltait le triomphe (Verlaine)

La forme ancienne pléonastique

La préposition est exprimée dans le rhème et dans le thème :

Les prépositions sont explicites :

c'est à elle à qui j'ai écrit
c'est à l'amour auquel je pense
c'est d'elle dont il s'agit
c'est sur lui sur qui je compte
ce dont le gouvernement souffre aujourd'hui, c'est moins de son inexpérience politique que de son impréparation économique
ce n'est pas d'épées dont ils ont besoin, mais de foi (Mauriac)

Ce sont les pronoms et qui recèlent la préposition :

c'est à Londres où je veux aller
c'est à votre cœur où j'aspire (Bosco)
c'est bien là où il tend et ce qu'il désire (Gide)
c'est ici où je me trouve le mieux
c'est là où il est tombé
c'est là où j'ai perdu mon sac
c'est là où je suis né
c'est là où je voulais en venir
c'est là où nous ne sommes pas d'accord
c'est là où tu te trompes
il n'y a pas qu'en France où les questions d'orthographe enflamment les esprits (Dauzat)
il n'y a plus que dans les couvents où les cloches ne dorment pas (Huysmans)

L'emploi pléonastique de la préposition dans le rhème n'est pas limité à la mise en relief par introducteurs. On le trouve également dans la mise en relief par inversion.

Signalons l'ambigüité structurelle de la construction c'est là où. La proposition c'est là où il est tombé a deux interprétations : l'interprétation ancienne (c'est l'endroit où il est tombé) et l'interprétation normale (c'est à l'endroit où il est tombé). Dans la première interprétation, est un nom ; dans la seconde, un adverbe.

Il y a une analogie entre la mise en relief et les subordonnées concessives partielles en ce qui concerne la place de la préposition. Il y a une méthode moderne, une méthode ancienne simple et une méthode ancienne pléonastique dans les deux domaines. Voici un exemple de chacune des trois méthodes du système concessif partiel :

à quelque personne qu'il ait parlé

quelque personne à qui il ait parlé

à quelque personne à qui il ait parlé

La mise en relief des pronoms personnels conjoints

Les pronoms conjoints sont remplacés par les pronoms disjoints correspondants à l'intérieur du rhème :

je le ferai      c'est moi qui le ferai
il t'a critiqué      c'est toi qu'il a critiqué
je te parle      c'est à toi que je parle
je le veux      c'est cela que je veux
j'en parle      c'est de lui que je parle ou c'est de cela que je parle
il en est parti      c'est de là qu'il est parti
elle y pense      c'est à cela / à lui qu'elle pense
il y va      c'est là qu'il va

Il impersonnel, il postiche et on ne sont jamais mis en relief par la méthode des introducteurs dans la langue commune.

La mise en relief du possesseur sous-entendu

Les pronoms possessifs représentent le « génitif » des pronoms personnels disjoints. Ces pronoms personnels sous-entendus peuvent être extraits.

son amie est malade     
c'est lui dont l'amie est malade ou
c'est de lui que l'amie est malade

je suis son ami     
c'est lui dont je suis l'ami ou
c'est de lui que je suis l'ami

notre devoir est de défendre le roi     
c'est nous dont le devoir est de défendre le roi ou
c'est de nous que le devoir est de défendre le roi


c'est l'ami à lui que je suis
c'est notre devoir à nous de défendre le roi
c'est son amie à lui qui est malade

La mise en relief du possesseur explicite


Extraction en l'absence d'un îlot prépositionnel

il soigne la femme de Pierre     
c'est de Pierre qu'il soigne la femme

Extraction bloquée par un îlot prépositionnel

elle est tombée dans les bras de Pierre     
*c'est de Pierre qu'elle est tombée dans les bras

La préposition dans, ayant les bras de Pierre pour argument, bloque l'extraction de de enchâssé dans son argument.

La négation dans le rhème et dans le thème

Le lieu de la négation dépend du sens voulu. La négation porte presque toujours sur le rhème, mais la négation du thème n'a rien d'anormal. Les deux propositions ce n'est pas Marie que j'aime et c'est Marie que je n'aime pas sont aussi correctes l'une que l'autre.

La mise en relief interrogative

La proposition comportant une mise en relief par introducteurs peut subir la transformation interrogative. Toutes les méthodes d'interrogation sont applicables.

est-ce vous qui êtes M. Dupont ?
est-ce vous qui vous seriez permis cette détestable plaisanterie ?
est-ce sur ses yeux qu'il l'aura d'abord embrassée ? (Duras)
est-ce que c'est toi qui m'apportes la lettre que j'attends ? (Hugo)
c'est vous qui avez dit cela ?
serait-ce Myriam qui t'a dépucelé par pitié ?

Pouvoir et devoir dans l'introducteur de rhème

Les semi-auxiliaires pouvoir et devoir, pris dans leur sens modal, sont admis à l'intérieur de l'introducteur de rhème. Ce doit être a la valeur de c'est probablement. Ce pourrait être équivaut à c'est peut-être.

ce doit être pour visiter sa fille qu'il est allé à New York
ce pourrait être pour visiter sa fille qu'il est allé à New York

Ne...que... dans l'introducteur de rhème

Ne...que... est admis à l'intérieur de l'introducteur de rhème.

ce n'est que pour trois jours qu'il est allé à New York

La relativation du thème

c'est Pierre qui a écrit cette lettre     
*cette lettre, que c'est Pierre qui a écrite

c'est hier que Pierre a écrit cette lettre     
*cette lettre, que c'est hier que Pierre a écrite

Ce n'est pas la mise en relief qui rend l'extraction impossible dans ces exemples, mais le fait que l'élément à extraire est déjà enchâssé dans une relative.

Pseudo-rhématisation négative

ce n'est pas demain qu'on pourra recommencer
ce n'est pas en dix jours qu'on peut voir toutes les merveilles de l'Europe
ce n'est pas les moyens qui manquent
ce n'est pas parce que tu es pauvre que tu n'as pas droit à la culture
ce n'est pas parce qu'il s'est foulé le pied qu'il reste à la maison
ce n'est pas un type aussi bête que Pierre qui va me dire ce que je dois faire

Ce que ces propositions ont en commun est le fait que la rhématisation négative qu'elles comportent est une fausse rhématisation, puisqu'elle n'exprime aucun contraste.

La proposition ce n'est pas les moyens qui manquent est paraphrasable comme en ce qui concerne les moyens, ils ne manquent certainement pas. Elle ne laisse pas entendre qu'il y ait quoi que ce soit d'autre qui manque. De même, la proposition ce n'est pas parce que tu es pauvre que tu n'as pas droit à la culture se paraphrase comme en ce qui concerne ta pauvreté, elle ne te prive certainement pas de ton droit à la culture. Elle n'insinue pas qu'il y ait aucun autre facteur qui prive l'interlocuteur de son droit à la culture.

Ambigüités entraînées par la mise en relief

c'est la cravate que je préfère

Paraphrases : de tous les cadeaux possibles, je préfère la cravate et celle-ci est ma cravate favorite.

c'est le petit qui est tombé dans l'escalier


La mise en relief et le système conditionnel

La mise en relief enchâssée dans la prémisse


si c'était moi qui disais dit cela
si ç'avait été moi qui avais fait cette bêtise

La prémisse comme constituant thème


s'il est venu, c'est pour te voir = c'est pour te voir qu'il est venu

Mise en relief et impératif

La mise en relief n'est pas compatible avec l'impératif :

*c'est vos affaires que ramassez

Le thème sous-entendu

quand il rentre au bercail deux ans plus tard, c'est lesté d'un découvert

Pour lever jusqu'au moindre danger d'équivoque, il faudrait dire quand il rentre au bercail deux ans plus tard, c'est lesté d'un découvert qu'il rentre au bercail deux ans plus tard.

C'est...que... et ne...que...


Il y a une certaine analogie entre la mise en relief par introducteurs et l'adverbe de perspective ne...que....

Chacun des deux mécanismes a une analyse transformationnelle partielle, c'est-à-dire une analyse séduisante qui « marche » dans des cas privilégiés, mais qui échoue dans le cas général. Tout compte fait, les deux mécanismes sont irréductibles. Les deux que sont inclassables.

Chacun des deux mécanismes fait appel au pro-verbe faire au lieu d'encadrer le verbe lui-même : ce n'est pas crier que fait ce bébé, c'est hurler (mise en relief) et ce bébé ne fait que crier toute la nuit (adverbe de perspective).

Pour l'emploi de ce n'est que (ou de il n'y a que) lorsque la cible à qualifier par ne...que... est le sujet non inversé, Voi la page connexe La négation verbale - ne...que... - rubrique Il n'y a que et ce n'est que.

L'omission de qui est

départ : Pierre est le premier qui a vu le danger     
mise en relief : c'est Pierre qui est le premier qui a vu le danger     
simplification : c'est Pierre le premier qui a vu le danger


La forme populaire du thème (c'est moi que je)

normal : c'est moi qui viens vous prendre     
populaire : c'est moi que je viens vous prendre

normal : c'est toi qui feras la vaisselle     
populaire : c'est toi que tu feras la vaisselle

normal : c'est nous qui habitons la maison d'en face     
populaire : c'est nous qu'on habite la maison d'en face

normal : ce n'est pas nous qui aurions pu en faire autant     
populaire : c'est pas nous qu'on aurait pu en faire autant (Céline).

Le thème populaire rappelle la relativation populaire. Le pronom relatif que du thème populaire n'a ni personne ni cas. C'est je, tu et on qui assument la responsabilité d'exprimer ces traits.

Le rôle de voici et voilà dans la mise en relief


Bonjour, moi, c'est Pierre

L'analyse de cette construction n'est pas évidente. Il pourrait s'agir d'une forme relâchée soit de bonjour, moi, je suis Pierre, soit de bonjour, moi, c'est Pierre que je m'appelle.

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